Depuis quelques semaines le ciment est devenu une denrée rare au Bénin. Les clients en demandent en permanence. Devant les dépôts de longues files d'attente sont observées. Déjà vers 4 heures du matin certaines lève- tôt vont faire les rangs jusqu'à une heure tardive dans l'espoir de pouvoir rentrer avec 4 et 5 paquets de ce produit précieux et cher aux Béninois. Des bagarres éclatent parfois suite aux disputes de positionnement dans les rangs.
Ça grogne dans ce secteur. Employés et employeurs sont mécontents. Les premiers se battent pour l'amélioration de leur condition de vie, les derniers, eux, roulent à perte et invitent le Gouvernement à monter le prix par ce que ceux des matières premières entrant dans la production du ciment ne cessent d'augmenter. Le clinker a vu son prix accroître de 63% en deux ans. Une situation qui fait augmenter la spéculation et laisse libre champ à la loi du marché noir. On impute tout ceci à la volonté de l'Etat de toujours maintenir le prix de la tonne à 69000f CFA, un coût qui est en déphasage avec les réalités du moment.
Malgré la cherté de la vie, Boni Yayi est contraint à augmenter le prix de la tonne du ciment. C'est une décision douloureuse certes, mais elle est très attendue et devrait permettre de concillier les besoins des cimentiers et ceux des populations escroquées par les acteurs de la spéculation dévastatrice. La pénurie du ciment fait mal au peuple béninois, un peuple dont le rêve cher de chacun de ses citoyens est d'habiter son lopin de terre acquis après des années de sacrifice et jeûne volontaire.
Officiellement fixé à 69000f CFA par le Gouvernement, le prix de la tonne du ciment grimpe jus qu'à 100.000f CFA sur le marché. Certains dépôts en disposent mais le vendent clandestinement sur le marché noir à ce prix exorbitant. Les fréquentes descentes de Grégoire AKOFODJI, ministre du commerce et de l'industrie sont sans effet. Malgré la suppression de certaines taxes par l'Etat sur ce produit, la crise persiste.
« Des chantiers ouverts tous azimuts par l'Etat seraient aussi à la base de cette pénurie » selon MAWUGNON, un jeune maçon surpris à la table de belote. Ce jeune homme a laissé ses chantiers faute de ciment et vient se détendre ici pour tuer le temps. Il est vrai que l'Etat a effectivement ouvert beaucoup de chantiers partout dans le pays. En effet, des centaines de villas haut de gamme pour le prochain sommet de la CEN - SAD, les chantiers des différents échangeurs, et ceux des voies inter- Etat consomment des milliers de tonnes de ciment par jour. Tout ceci accentue la pénurie.
L'inévitable hausse de prix du ciment devient alors un mal nécessaire.
Le ciment met en difficulté le régime du changement et l'oblige à prendre en charge le social pour résoudre l'équation à plusieurs inconnues que représente l'envolée de son prix. Les travailleurs de ce secteur sont en grève. Le dernier mot revient à Boni YAYI et à son Gouvernement.